04 mars 2007
Le Labyrinthe de Pan
En 1943 après la guerre civile espagnole, Ofélia et sa mère enceinte rejoignent à la campagne le nouvel époux de celle-ci, le Général Vidal qui lutte contre les guerieros opposés au régime franquiste. L'adolescente qui vit dans son monde imaginaire suit un jour un étrange insecte jusqu'au coeur d'un ancien labyrinthe où un faune lui révèle qu'elle est une princesse d'un autre temps et qu'il lui faut accomplir trois périlleuses tâches pour reprendre sa place au royaume magique de son père. De là découle un parallèle entre le monde réel fait des horreurs de la guerre et de la grossesse tragique de sa mère et le monde magique où Ofélia pourra retrouver bonheur et sérénité.
Ce film est une ode à la foi, en cela qu'elle aide à traverser les épreuves de la vie et du monde horrible et cruel des humains et de la guerre. Mais Guillermo Del Toro (à mon sens athée convaincu) veut bien distinguer foi et croyance en un dieu quelconque par quelques symboles clairs. D'abord, il prend soin de ne faire aucune référence simple et directe à la religion: on ne voit aucun crucifix, aucune femme en prière, alors que cela n'aurait rien de surprenant dans un film qui prend place dans un pays aussi catholique que l'Espagne des années 40. C'est comme s'il avait banni le catholicisme de son histoire. Mais pour moi, le régime militaire du film symbolise bien la religion faite de discipline et d'obéissance aveugle. C'est d'ailleurs la substance d'une réplique d'un résistant dans le film, qui s'adressant au général lui dit "ce sont les gens comme vous qui obéissent sans réfléchir". Entre fanatisme militaire et fanatisme religieux, la frontière est mince. Et puis la dernière épreuve d'Ofélia est une allusion directe au choix d'Abraham dans l'Ancien Testament: elle doit sacrifier la vie d'un innocent bébé pour accéder au royaume magique (au royaume de Dieu?). Or Ofélia refuse ce sacrifice et par là même se condamne à l'horreur et à la mort. Mais en réalité, elle a fait le bon choix, c'est ce refus que l'on attendait d'elle. Del Toro imagine donc un royaume plus juste que celui de notre dieu judéo-chrétien, puisque Abraham, lui, a satisfait son Dieu (qui est celui de la majorité des Français entre autres, ça fait réfléchir) en sacrifiant son fils! Alors oui, d'accord, Dieu dans sa grande bonté a remplacé le fils par un agneau, n'empêche que j'ai du mal à comprendre qu'un religion soi-disant d'amour et de charité se base sur des fondations telles qu'un père acceptant de tuer de ses mains son propre fils parce qu'un voix lui a ordonné de le faire.
Voilà un film qui mériterait d'être analysé et disséqué tant il est à mon avis plein de métaphores... il va beaucoup plus loin qu'une simple histoire de fées et de princesse.
En tout cas, c'est un film beau et extrêmement triste (vu du côté "monde réel") mais plein d'espoir pour qui a la foi.
Nommé 6 fois, récompensé 3 fois aux Oscars, nommé à Cannes et aux Golden Globes, nommé 8 fois et récompensé 3 fois aux BAFTA (les Academic Awards brittaniques), nommé 13 fois et récompensé 7 fois aux Goyas (Academic Awards espagnols)... un beau palmarès.
El laberinto del fauno, de Guillermo Del Toro.




